dimanche 30 octobre 2016

Atelier d'écriture #238 de Bric à Book | Carnet rouge

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)


© Julien Ribot


Carnet rouge

Perdue dans la ville, j’erre comme un vieux cabot. Je ne sais pas où je vais et qu’importe. Il faut juste que j’arrête de penser. Je pénètre dans un lieu inconnu, un lieu abandonné. Comme moi. Une ancienne piscine taguée de toute part, il est beau ce lieu. Comme nous.

Cette nuit fut la dernière, notre amour raisonne comme un écho lointain désormais. J’aurai voulu que tu me retiennes. Croire un peu. Mais moi pauvre folle, je brûlais comme on s’immole à coup de baisers.
J’ai espéré, mais quoi au juste ? Un mot probablement car ils n’ont d’incidences que prononcés. Je sais bien … on n’a jamais su se parler, ni de silence, ni de syllabes.  
J’ai raturé des lignes, et arraché des pages. Bien plus qu’il n’en faut pour retenir les larmes. J’y ai cru, ah ça oui j’y ai cru. A ma façon.
Je voulais marcher sur l’eau, mais tu n’as rien compris, toi. Au fond, je crois que je ne t’en veux pas, à moi non plus d’ailleurs. C’est arrivé comme ça, on ne peut éviter l’inévitable. On a simplement raté le coche, et laissé nos mains se délier.  
Peau contre peau, on pouvait se sentir deux, mais une fois l’étreinte envolée, plus qu’un, plus rien. Ta peau contre la mienne, c’est tout ce qu’il reste. Mais je sais bien que ça aussi, ça finira par disparaître. 

Assise sur le plongeoir numéro 2, les larmes roulent sur mes joues. Il faut juste que j’arrête de penser. 
Je referme mon petit carnet rouge sur lequel j’aime tant griffonner ces moments de vie grappillés. Il était temps de te griffonner toi aussi. 

17h30, le soleil se couche. Je pose mon carnet rouge et prends une grande respiration. Je rebrousse chemin jetant un dernier regard sur ce lieu désaffecté. Comme notre amour.  
Ce décor sera mon renouveau. Il y aura d’autres carnets rouges… 

jeudi 27 octobre 2016

Comme une respiration… de Jean Teulé : une grande bouffée d’air frais

Paru le 1er octobre 2016 aux éditions Julliard
160 pages

Vu sur le plateau de la grande librairie puis rencontré lors de la grande soirée Rentrée Littéraire organisée à Lille, je ne pouvais plus passer à côté de ce nouvel ouvrage de Jean Teulé. Moi aussi j’avais besoin d’une respiration.


4ème de couverture

Respirez !
À fond !
Et laissez-vous emporter par la fantaisie malicieuse et cruelle de Jean Teulé qui dit l’extraordinaire des destins ordinaires.


Mon avis

Quelle bouffée d’air frais ! Comme une respiration... qui fait du bien au moral. 
Loin des horreurs (comme il les qualifie lui-même) qu’il aime habituellement raconter, Jean Teulé nous offre dans cet ouvrage quarante nouvelles pleines de charme, de cocasserie et de tendresse.

dimanche 23 octobre 2016

Atelier d'écriture #237 de Bric à Book | Les promesses

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)
Jusqu'ici je regardais chaque semaine les photos passer, sans jamais oser me lancer. C'est chose faite désormais, espérant que cela vous plaira.


Les promesses...

Rien n'a vraiment changé sur cette terre chantante au son des grillons. Rien si ce n'est quelques bâtiments hissés toujours plus haut pour satisfaire le tourisme estival.
Là sur la falaise, le regard porté au loin j'aperçois ce même bateau, peut-être un peu plus gros, qui chaque année nous déposait sur cette terre ensoleillée et colorée. Je te revois papy, venir nous chercher sur le port, direction la grande demeure familiale.

J'ai sur cette terre, au cœur de ce paysage, l'ivresse de mon enfance. Nos étés d'autrefois me laissent un goût d'inachevé. Il est bien loin ce temps où tous ensemble nous étions réunis, les anciens attablés à l'orée du grand peuplier, et nous enfants, sœurs, cousins, cousines, loin des tourments de la vie, nous jouions à de quelconques jeux pourvu que nous courions à en perdre haleine. Ce temps de l'insouciance ...

Aujourd'hui, postée à cet endroit qui fut ta maison, je repense à toi, à ces promesses que nous nous étions faites rien que toi et moi papy, rien que toi et moi. Là sur tes épaules, je m'émerveillais de toutes ces couleurs et de ces odeurs, la tienne surtout, mélange d'eau de toilette et de Gauloise. Tu me racontais l'histoire de cette ville chère à ton cœur. Tu me faisais promettre de toujours y venir quoi qu'il arrive.
« Pourquoi tu dis quoi qu'il arrive papy ?
- On ne sait jamais de quoi demain sera fait ma poupée. Alors promets-le moi fort fort.
- Promis papy, je viendrai te voir tous les ans jusqu'à ce que, comme toi, j'ai des cheveux gris sur la tête »

Après ton départ, j'ai trahi ma promesse papy. Je ne suis plus venue, personne n'est plus venu. Ton absence était trop grande. 
Il était temps pour moi de tenter de rattraper ma faute. Treize ans se sont écoulés, treize longues années et rien n'a vraiment changé si ce n'est qu'aujourd'hui tu n'es plus à mes côtés. Mais je peux encore ta voix rauque, je peux encore sentir ta grande main usée par la vie se poser sur mon épaule. Et je savoure ce parfum de mon enfance avec une part de toi à côté de moi.

« On y va mon amour ?
- J'arrive, juste une minute ...»

Promis papy, je viendrai te voir tous les ans jusqu'à ce que, comme toi, j'ai des cheveux gris sur la tête ...   

samedi 22 octobre 2016

Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer d’Agnès Michaux : éloge exceptionnel à la mélancolie

Agnès Michaux
Paru aux éditions Belfond le 1er septembre 2016
176 pages

J’ai eu la chance de réceptionner ce roman dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio. Un grand merci à eux et aux éditions Belfond car je viens de trouver une pépite qui longtemps m’accompagnera.


En quelques mots 

« Poser les tasses dans l’évier, faire le lit, prendre une douche. Sans courage particulier. Comme on glisse à la surface des choses.
Je ne souffre pas, je me souffre. Voilà la plus parfaite solitude. 
Tu n’es pas là toi.
Tu t’es cachée. Pour rire, sans doute.
Je pense à ce nom de que tu me donnais. On porte rarement son vrai prénom avec ceux qu’on aime. C’est un monde à soi, l’amour, un monde en soi, qui s’étend jusqu’à l’état civil. Un jeu de rôle. Un jeu. C’est pour ça que tu vas revenir. Pour la bataille navale. Pour l’Amiral. Et tout sera comme avant. »

Samuel Cramer dit l’Amiral est un amoureux des mots - ceux de Rimbaud notamment -, un écrivain en mal de reconnaissance mais passionné par son métier. Samuel aime aussi les voyages et les femmes, leurs courbes, leur peau, et surtout Dawn, cette femme aux bottes rouges qui vient de le quitter après plusieurs années d’amour un peu maladroit mais sans nul doute inconditionnel. Le monde de Sam s’écroule alors petit à petit, comment continuer quand la femme que l’on aime nous dit beau matin qu’il vaut mieux arrêter le chemin ici ?
Une journée qui ira de mal en pis, entrecoupée de souvenirs de Dawn, de voyages où ils se sont aimés, de sa souffrance et de son amour pour la littérature.
Agnès Michaux nous emmène ainsi sur le chemin de la mélancolie et de la déchéance.

mercredi 19 octobre 2016

Autour des livres : retour sur la Grande Soirée Rentrée Littéraire au Théâtre du Nord


C’est un rendez-vous que je n’aurai manqué pour rien au monde. Imaginez pour la petite provinciale que je suis, une soirée littéraire à Lille !!! Ô joie ! Ni une ni deux, je réserve ma place.
Retour sur une bien jolie soirée où j’ai ri, où je me suis attendrie, où j’ai découvert des auteurs formidables.


**Le programme**

Cette soirée organisée par le Furet du Nord au sein de notre joli théâtre (du Nord il va s’en dire) et animé par l’excellent Bernard Lehut a pour but de faire découvrir des auteurs et romans coups de cœur de la rentrée littéraire. Le tout de manière originale : en compagnie des auteurs bien sûr mais aussi avec des comédiens et musiciens qui durant la soirée feront découvrir aux spectateurs les premières pages de ces romans sélectionnés. Après cet échange, les auteurs étaient gentiment mis à la disposition des lecteurs pour un échange plus personnel et une séance de dédicace.

Cette année, étaitent présents :
- Céline Minard pour son roman Le grand jeu paru aux éditions Rivages
- Jean-Baptiste Del Amo pour Règne animal paru chez Gallimard
- Véronique Ovaldé pour Soyez imprudents les enfants paru Flammarion
- Jean Teulé pour son recueil de nouvelles Comme une respiration… paru chez Julliard

dimanche 16 octobre 2016

Atelier d'écriture #236 de Bric à Book | « Instants photographiés »

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)
Jusqu'ici je regardais chaque semaine les photos passer, sans jamais oser me lancer. C'est chose faite désormais, espérant que cela vous plaira.

© Romaric Cazaux

Paris, par une journée de printemps où le temps si clément permet aux jeunes femmes de se vêtir de robes à volants, là sur la place j’aperçois cet homme qui marche d’un pas décidé pour rejoindre sa femme sur le banc, ces collègues à la sortie du bureau qui discutent, rient, vivent en toute quiétude. Plus loin, trois jeunes femmes, trois amies dont la complicité se ressent à plusieurs mètres. Elles se racontent, je l’imagine, leurs confidences, leurs dernières trouvailles en matières de bars, de mode ou peut-être même d’hommes.
Je ralentis et j’observe tout ce beau monde agité. Je me dis alors qu’il est plaisant de voir le monde de cet œil, de voir que tout n’est pas gris ou noir, de percevoir ces ondes positives dans une société polluée par les faits divers et autres investigations qui nous enfoncent dans la morosité et le dégoût.
Je ralentis et j’observe, du baume au cœur, toute cette vie et cette joie que ces inconnus me balancent au visage. J’en redemande. Instants photographiés.

C’est alors que je l’aperçois… seule au milieu de cette place, seule au centre de cette scène de vie. Cette petite fille à la robe fleurie, regard perdu dans le vague. Mes yeux deviennent vifs, balayent le paysage à la recherche d’un adulte, d’une maman, d’un papa, de grands-parents. Je ne vois rien, je ne vois plus rien qu’une enfant seule, comme-ci j’étais l'unique personne à l’apercevoir.Nul n’y prête attention. La panique s’empare de moi : que fait-elle seule ? Je m’approche lentement sans la quitter des yeux. Instants photographiés.

Je stoppe net, la peur et l’incompréhension m’envahissent… Cette petite fille me ressemble lorsque j’étais moi-même une enfant. Projection du passé.
Dans la confusion, je reprends doucement ma marche vers elle et m’arrête à sa hauteur. Nos regards se croisent et se noient, un sourire illumine son visage. Je lui parle, la questionne, lui demande où sont ces parents. Elle ne me répond pas. Est-elle muette ? Est-elle étrangère ? Je sursaute en sentant sa petite main prendre la mienne. Tout à coup, une chaleur parcourt mon corps, une sensation de bien-être m’enlace. Mais qui est-elle ? L’apaisement qu’elle me procure me fait clore les yeux.
Lorsque je les ouvre à nouveau, l’absence de sa petite main dans la mienne me saisit. Tout s’éclaire alors dans mon esprit : ce sera elle. Instants photographiés, projection du futur.

jeudi 13 octobre 2016

Police d’Hugo Boris : immersion au cœur d’un huis-clos sous tension

Paru chez Grasset le 24 août 2016
198 pages


Dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister, j’ai eu la chance de recevoir Police d’Hugo Boris. Un roman qui avait rejoint ma très longue wishlist et surtout un roman à la thématique intrigante et d’actualité.


En quelques mots

Virginie, Artistide et Erik sont policiers. Ils sont appelés en renfort suite à un incendie dans une prison afin d’escorter à Charles de Gaulle un immigré du Tadjikistan (vous voyez ce petit pays là, à la frontière de l’Ouzbékistan... oui merci Wikipédia) nommé Asomidin Tohirov.
Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu, alors qu’ils sont en route vers l’aéroport, Virginie va fourrer son nez là où elle ne devrait pas et ensemble ils vont découvrir que cet homme, s’il est reconduit dans son pays, risque probablement de mourir. 
Ainsi, nous entrons dans un huis-clos à la tension palpable où peu à peu, Hugo Boris va venir tisser autour de cette histoire la vie de ces individus. Face à cet inconnu menacé de mort pour avoir dénoncé les abominations de son pays, tous trois vont avoir un cas de conscience : obéir aux ordres ou faire preuve d’humanité à l’encontre de cet homme si frêle et peu loquace.

« Aux yeux des Français, la police est tracassière, provocatrice, basse du front, fainéante, alcoolique. Aux yeux de ce Tadjik, elle est forcément tortionnaire et assassine. »


Mon avis


Voilà un roman dont on a dû mal à se détacher tant que la dernière page n’est pas refermée. Ici pas de happy-end mais juste une réalité balancée de plein fouet aux visages de ces trois protagonistes.

dimanche 9 octobre 2016

Âmes égales de Jérôme Fleury : une belle découverte loin du feu des projecteurs

Paru chez ReadMyBook le 9 septembre 2016
197 pages

Fin septembre, la toute jeune maison d’édition ReadMyBook me contacte pour me présenter Âmes égales, le second roman de Jérôme Fleury. Intriguée par la quatrième de couverture et les propos d’Audrey, la présidente, je plonge dans ce roman sans hésitation.


Ce que dit l’éditeur

Iary est un passionné des plantes, le vieil Hassan un caïd des affaires, Tahina une rêveuse en quête de liberté.
Leur destin va s'entremêler de la manière la plus inattendue qui soit, et venir bouleverser une route qui leur était toute tracée.

« A dix, vingt, quarante ou quatre-vingts ans, chaque fois que la vie ouvre une page blanche, pire que disparaître est la remplir de paraître. »

Avec ce roman, ce sont nos cœurs que fait battre Jérôme Fleury. Impossible de rester insensible à cette plume, à cette histoire. Elle nous tombe dessus et nous prend littéralement aux tripes. Elle remue en nous ce qu'il y a de plus profond.

L'auteur nous conte l'histoire de cet enfant malgache, perdu et ignoré dans notre monde occidental, loin de sa cressonnière natale et de son frère dont il semble avoir perdu la trace. Quelle trace laisser sur cette terre ? C'est une question à laquelle le vieil Hassan croit avoir répondu depuis longtemps, allant de conquête industrielle en jackpot financier, et pensant ainsi léguer ce qu'il y a de plus cher à son "clan", à sa famille.

Âmes égales, c'est un compte-à-rebours de 50 années que Jérôme Fleury impose à ses personnages, et dont aucun ne ressortira indemne.


Mon avis 

L’histoire démarre donc avec Iary, un jeune malgache venu en France pour échapper à sa condition modeste. Très vite recueilli par Joseph, il va grandir à ses côtés durant un an et l’aider dans son métier de livreur. Puis peu à peu d’autres personnages se mêlent à la danse et l’on se demande où l’auteur veut en venir car ces personnages sont de prime abord à l’opposé du jeune Iary étant donné leur condition bien différente. 
Mais Jérôme Fleury tisse avec élégance le lien qui va entremêler ces destins. Il nous dépeint le portrait d’hommes et de femmes portés par leurs blessures, leurs secrets, leurs traditions.
Une superbe fin de roman que je ne vous dévoilerai pas bien sûr mais en tournant la dernière page virtuelle j’ai eu envie de rester avec ces personnages exotiques si attachants.

mardi 4 octobre 2016

Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani : portrait d’une mante religieuse

Dans le jardin de l'ogre
Paru chez Folio en janvier 2016
240 pages

C’est après avoir vu l’intervention de Leïla Slimani lors de son passage à La Grande Librairie que j’ai eu envie de découvrir ce premier roman de l’auteure. Et décidément, septembre fut le mois de bonnes découvertes.


En quelques mots

« Elle comprit très vite que le désir n’avait pas d’importance. Elle n’avait pas envie des hommes qu’elle approchait. Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait, mais à la situation. Etre prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive. Mimer l’orgasme épileptique, la jouissance lascive, le plaisir animal. Regarder partir un homme, ses ongles maculés de sang et de sperme. »

Adèle Robinson mène une vie bourgeoise bien tranquille avec son mari Richard et son fils Lucien mais c’est une vie trop rangée pour la femme qu’elle est. Elle n’aime pas cette vie, cette bourgeoisie, elle la vomit. Elle s’est marié et a fait un enfant pour rentrer dans le moule, dans la « normalité » (d’ailleurs elle est mauvaise dans ce rôle). Mais Adèle ce qu’elle veut et ce qu’elle aime c’est être libre, libre de faire ce que bon lui semble, libre de s’adonner aux plaisirs intimes avec qui lui fera envie. Alors Adèle s’octroie cette liberté.