mercredi 30 novembre 2016

Les eaux troubles du mojito de Philippe Delerm : un moment de dolce vita

Philippe Delerm
Lu aux éditions Points
112 pages

Comment faire plaisir et mettre du baume au cœur dans notre quotidien ? La réponse se trouve dans Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur terre de Philippe Delerm car « Oui, la vie est une comédie légère, avec des gags, beaucoup de ridicules sociaux et de la solitude. Oui, les gens se dévoilent et ne commencent à s’aimer qu’à la fin, comme dans les pièces de Marivaux. Oui, l’été se ressemble. Oui, le matin la vie est neuve ; si bonne à boire quand on se lève le premier. On marche, on regarde la mer, on attend le café. On fait son film. »


Au sein de ce recueil, Philippe Delerm nous retrace quarante-deux récits très brefs (2-3 pages maximums) comme des petits plaisirs de vie. Il redonne de la couleur et de la valeur à des objets ou des situations qui pourraient nous paraître fades ou franchement agaçants. Ainsi, il donne saveur à une pastèque, à un navet et bien sûr un mojito. Il voit le positif à se faire saucer par une averse ou à être pris dans une énième grève de notre chère SNCF. Et pour finir il se délecte de toutes ces situations qui peuvent paraître habituelles tel qu’un enfant qui lit, une soirée d’été, un après-midi sur la plage…

dimanche 27 novembre 2016

Atelier d'écriture #242 de Bric à Book | Voyage vers l'inconnue

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Vincent Héquet
Voyage vers l’inconnue

Après avoir raté son premier train, Roman n’en pouvait plus. Il venait de passer une semaine de folie à Lyon à devoir flatter ce qu’il espérait être ses futurs clients, à devoir sourire, manger au restaurant avec ces gens si ennuyeux, lui qui détestait faire semblant. Il n’avait qu’une envie : rentrer chez lui. Il prit le train suivant, qui bien-sûr à 19h était complet. Il réussit malgré tout à trouver une petite place sur une table de quatre. Et en plus il allait devoir se farcir tous ces voyageurs… Non vraiment c’était une semaine de merde. Il retira ses lunettes de soleil et tenta de ne pas penser au brouhaha ambiant. 

C’est alors qu’il la vit entrer dans le wagon, s’installer à quelques sièges de lui et ouvrir L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera. De là où il était il pouvait parfaitement la regarder, elle aussi d’ailleurs, il devait donc être discret. Mais son regard était sans cesse attiré par ses jolies jambes, si fines, ses mollets qu’il aurait voulu embrasser. Que se passait-il ? Il ne se reconnaissait pas. Cette jeune fille avait au moins quinze ans de moins que lui. Il devait se resaisir immédiatement. Il tourna alors son regard vers la fenêtre pour tenter de chasser ces pensées de son esprit. 
C’est alors qu’il vit le reflet de cette jeune femme dans la vitre, elle le regardait. Non ce n’était pas possible, il secoua la tête puis regarda de nouveau. Il ne rêvait pas, elle l’observait du coin de l’œil.
Tout compte fait, la semaine n’aura pas été si pourrie que cela, plutôt flatté qu’une si jolie femme puisse se retourner sur lui malgré ses quarante ans bien tassés. Ainsi, ils échangèrent le premier regard. Ainsi il lui sourit. La jeune femme timide se mit à rougir et replongea les yeux dans son livre. Ce qui eût pour effet de l’exciter un peu plus. Tout de même ! Comment pouvait-il penser à cela alors que sa femme venait tout juste de le quitter… Il reprit son attitude pensive et regarda un moment le paysage défiler devant ses yeux. D’un coup il la sentit bouger. Paniqué à l’idée de la perdre de vue, il se retourna et vit qu’elle avait tout simplement sorti son téléphone, souriant devant son écran. Il se mit à imaginer que, probablement, un jeune homme était derrière ce sourire. Non vraiment, comment une jeune femme aussi jolie aurait pu être libre. 

Mais plus les gares se succédaient, plus le moment de la séparation arrivait, inévitablement. Alors il laissa ses pensées reprendre le dessus. Après tout, il avait bien le droit pendant ces vingt minutes de trajet restant de fantasmer un peu. Il la regarda alors un peu plus intensément, la jeune femme le remarqua et il se mit à rougir à son tour. Comme pour le rassurer, elle lui adressa un sourire, un sourire sur les lèvres mais aussi dans les yeux. Un sourire plein de malice. Devenait-il fou ? Visiblement non, puisqu’elle continua à le fixer tout en s’humectant délicatement les lèvres puis sourit de nouveau comme si elle parvenait à capter ses pensées, ses désirs.  Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas ressenti cela pour une femme, il aurait voulu que le train se vide pour rester seul avec elle. 

Le train ralentit, prochaine gare : terminus, tout le monde descend. A cette heure de pointe, il savait qu’il la perdrait de vue sur le quai. Il rassembla ses affaires, trifouilla dans son sac puis se leva, en même temps qu’elle. 
Il se tenait derrière, songeur. Juste avant que les portes ne s’ouvrent, il glissa son numéro de téléphone dans la poche ouverte de sa veste conscient malgré tout qu’il risquait de passer pour un pervers au vue de la différence d’âge. Mais elle ne remarqua rien et en descendant du train, la demoiselle, qui pour la première fois trouva ce voyage trop court, lâcha à ce bel inconnu un simple « bonne soirée ».
Il fut alors décontenancé par sa voix. Il ne pensait pas que … et pourtant cette voix ne pouvait trahir l’évidence : la jolie jeune femme était un homme. 


samedi 26 novembre 2016

Autour des livres : rentrée littéraire de janvier 2017


Après la rentrée littéraire de septembre, et ma liste incommensurable de titres que je n’ai toujours pas terminée et qui continue de s’agrandir, place à la rentrée littéraire de janvier. 
Voici mes quelques repérages et futurs craquages :-D Bien sûr cette liste évoluera très certainement au fil des mois en fonction de vos coups de cœur et recommandations.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Grasset me fait de l'oeil et que mes choix ne se portent pas forcément sur ce qu’il y a de plus gai …
Et vous avez-vous déjà fait quelques repérages ? 

mercredi 23 novembre 2016

L’éveil de Line Papin : quand la jeunesse découvre les sentiments

Paru aux éditions Stock en août 2016
256 pages

Faut-il encore présenter Line Papin, cette jeune auteure franco-vietnamienne, qui a obtenu en octobre le prix de La Vocation pour son premier roman L’éveil paru aux éditions Stock ? C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai pu enfin me plonger dans cette lecture tant attendue. Un dépaysement total où le lecteur s’immisce dans la découverte tortueuse des sentiments.


« Je dois y retourner, c’est insupportable de le savoir ici, lui qui marche détenteur de mon secret, du secret de mon corps, qui marche et qui vit non loin. Non, il ne s’agit pas encore de l’éveil, du vrai, c’est mon attention seule qu’il éveille pour l’instant, et c’est en dessous, plus loin, que nous allons éclore et tomber et rouler. Du bout des pieds, à présent, je fais des ronds dans l’eau, de moins en moins grands, qui vibrent et disparaissent. C’est quelque part, là, en dessous des orbes que forme l’eau troublée… ça m’excite, ça m’agace : je suis à l’orée de l’éveil, à l’orée de l’éveil. »

Juliet a dix-sept ans, elle est la fille de l’ambassadeur d’Australie et expatriée à Hanoi. Elle vit son adolescence dans une douceur infinie, privilégiée par son rang. Elle connait peu le monde extérieur, les rues d’Hanoi dans lesquelles elle ne déambule jamais. Lors d’une soirée elle rencontre un homme mystérieux, en décalage avec la mondanité du lieu. Il danse, insouciant. Il semble libre, indifférent au monde qui l’entoure. Alors forcément Juliet est intriguée. Elle a bien l’intention de lui montrer qu’elle l’a repéré et qu’elle n’a pas envie de le laisser partir.
Mais voilà, ce garçon, expatrié lui aussi et dont on ignore le nom, a un vieux démon qui le colle à la peau. Un démon prénommé Laura.

dimanche 20 novembre 2016

Atelier d'écriture #241 de Bric à Book | Vieux eaux

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Julien Ribot

Vieux eaux

Après une vie de dur labeur, moi en tant que directeur commercial et toi mon Agnès à avoir éduqué nos enfants, et nous offrir un foyer chaleureux, il était temps pour nous de nous faire plaisir. On ne va quand même pas attendre la grande faucheuse pour profiter de la douceur de la vie. Et puis l’occasion était trop belle, cinquante ans, les noces d’or ça se fête non ? Allons allons, ouvre donc tes yeux et regarde cette beauté, cette immensité qui nous entoure, ce calme, écoute … Tu n’entends rien ? Moi j’entends le silence et les vagues, quelle douceur. Ca me rappelle lorsque nous étions jeunes, tu te souviens, on était sur cette petite plage de Corse, pas un touriste, rien, juste le silence. Et comme seuls au monde, on s’est risqué à quelques folies corporelles. Ah ce que nous étions jeunes et insouciants ! Aujourd’hui je serai bien incapable d’une telle prouesse, c’est pourtant pas l’envie qui me manque. Parce qu’être sur ce bateau avec toi aujourd’hui, j’ai tous ces souvenirs de notre vie qui remontent. Comme on était heureux, comme on se désirait. Et je vois bien dans tes yeux, que tu regrettes de ne pas avoir apporté mes petites pilules.

Ah ! Ce que l’air marin nous réussit. Se réveiller apaisés, s’asseoir là sur la chaise pour admirer et constater que nous sommes si petits face à l’immensité de l’océan, que nous sommes si insignifiants. Bien sûr sur cette croisière, il y a moult activités, ils ont pensé à tout. Aujourd’hui, par exemple, au programme c’est plongée … Enfin pour les jeunes… Soyons sérieux cinq minutes mon Agnès on n’a plus vingt ans. On risquerait de laisser nos poumons flotter et mon pacemaker pourrait frôler le court-circuit. Ce serait trop con de finir comme ça, faut le rentabiliser notre investissement. Non, vraiment c’est plus sage, on peut aussi bien observer la faune marine du haut de notre ponton. C’est tout aussi plaisant, pourvu que je sente encore ta petite tête grisonnante se poser tout contre mon épaule. Dans un silence apaisant, parce que l’amour n’a pas toujours besoin de mots pour s’exprimer et depuis cinquante ans le nôtre n’a pas flanché un seul instant.

Mon petit caramel, voilà comment je rêvais de vivre ma fin de vie … à tes côtés jusqu’à la fin. Malgré les coups de gueule, malgré mes fautes et le train-train quotidien qui aujourd’hui suffit à faire exploser des amours. Moi le mien reste intact comme au premier jour. Et à 81 ans, je peux le dire : je suis un homme heureux.

jeudi 17 novembre 2016

33 révolutions de Canek Sánchez Guevara – La vie cubaine en 33 tours

33 révolutions
Paru aux éditions Métailié en août 2016
112 pages


Repéré cet été dans la librairie des vacances, et acheté sur place avant la fin du séjour, il me tardait de découvrir ce roman de Canek Sánchez Guevara, le petit-fils du Che. 
Si vous avez envie de découvrir Cuba et la vie que son peuple menait au XXe siècle, procurez-vous ce court roman. 


« Il s'assied au comptoir, commande un rhum, allume une cigarette et laisse errer ses pensées : l'univers est un disque rayé, qui échappe totalement à la relativité ou à la physique quantique, plein de sillons où se déroule cette vie de poussière cosmique, de graisse industrielle et de goudron quotidien. Il boit une longue gorgée, se racle la gorge et penche la tête, écœuré et reconnaissant.
Le rhum est l'espoir du peuple, se dit-il. »

A travers un personnage dont on ne connaît pas l’identité, Canek Sánchez Guevara nous joue la musique du disque rayé de la vie cubaine. 33 chapitres qui offrent au lecteur toute la réalité d’un pays, les rêves et le désenchantement d’un peuple. 
Son personnage a la trentaine et est torturé par la monotonie de la vie qu’il mène sur l’île. Son quotidien se résume au boulot, à l'alcool, aux clopes et dodo. Il n’a pas cet esprit de révolution que d’autres peuvent avoir, il regarde, simplement, l’ironie de cette vie cubaine. Puis petit à petit, les gens vont tenter de fuir sur des radeaux de fortune la dictature instaurée. C’est à ce moment là du récit que l'effervescence va naître et que ce trentenaire va peu à peu cesser d’être observateur.

dimanche 13 novembre 2016

Atelier d'écriture #240 de Bric à Book | Terre promise

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)


© Leiloona


Un long périple m’attend, j’ai peur, j’ai froid, mon corps tremble. La faim me tiraille, je suis à bout. 
J’ai quitté mon pays, j’ai quitté ma famille. Si l’horreur est humaine, elle m’était devenue insupportable, voir mon pays torturé par les hommes, voir mes proches décimés par les armes. Au nom de quoi, au nom de qui ? Une idéologie, un Dieu paraît-il … Mais rien ni personne ne vaut d’abattre les mitraillettes sur mon peuple. Aucun Dieu ne donne ordre de faire couler le sang en son nom.

J’ai quitté mon pays et j’ai peur et j’ai froid. Et ce froid ne se concentre pas uniquement sur les parties de mon corps meurtri, j’ai froid en dedans, j’ai l’âme en peine. Je m’appelle Assâad, amusant non ? S’appeler « le plus heureux » et être un miséreux. 

Les passeurs m’ont demandé plus d’argent que je n’en avais. A mon grand étonnement malgré la misère, la solidarité existe encore, ma famille, mes amis, tous m’ont aidés. Je me suis engagé à leur rendre le double. Il faut que je tienne … La terre promise est au bout de l’enfer. 
Je suis d’abord monté à bord d’un bateau de fortune, nous étions entassés les uns sur les autres. En pleine nuit j’entendais ce bébé qui pleurait, il avait faim, il avait froid. Sa mère tentait de le calmer. Il pleurait encore plus, toujours plus jusqu’à n’en plus pouvoir. La nuit s’était posée sur ce petit être. Qu’Allah l’accueille en son vaste paradis. Sur mille passagers, peu d’entre nous ont vu la côte, peu d’entre nous ont foulé le sol. Après des jours et des semaines à marcher, à me cacher, à pleurer aussi, j’ai enfin atteint cet endroit au Nord de la France. Cet endroit que l’on appelle la jungle. Je me suis alors dit que j’avais quitté la misère pour la misère, la guerre pour la haine. Je ne peux pas rester là, je ne peux pas. La terre promise est au bout de l’enfer.

15 octobre 2016, ou peut-être le 16 ou le 20 - ici dans cet endroit inhumain j’ai perdu la notion du temps - je saisis ma chance. J’ai repéré un camion en partance pour la terre promise. C’est un parcours du combattant mais j’ai foi en Dieu. Je me faufile juste derrière, le conducteur s’est assoupi. Par je ne sais plus quel moyen, il faut user de ruse dans ces moments-là, j’ai réussi à pénétrer dans le camion. Vite vite, je me cache dans le double fond du plancher. J’ai froid, j’ai peur, j’étouffe, je m’endors d’épuisement.

Quand j’ouvre enfin les yeux, le camion ne bouge plus. Sommes-nous toujours à Calais ? Suis-je mort ? Le froid me saisit les membres… Je vis, je vis ! Oui mais où ?
Je tends l’oreille, je n’entends rien. Je me risque à ouvrir ma cachette. Je tends l’oreille, je n’entends rien. C’est maintenant ou jamais ! Je me hâte, je sors du camion. Où suis-je ? Je ne reconnais rien. Les maisons sont si grandes, les façades colorées. Mon cœur se réchauffe, les souvenirs de mon pays avant la guerre me reviennent à l’esprit. Toutes ces couleurs, ces magnifiques couleurs comme les rues de Palmyre, comme les rues d’Alep. Je voyageais beaucoup, avant la guerre. 


J’ai froid, j’ai peur mais je marche dans cette rue colorée. Et soudain je comprends … je suis en vie, je respire, j’y suis arrivé … Je m’appelle Assâad – « le plus heureux » – et je suis arrivé en Terre promise.


© Amandine - L'ivresse littéraire

samedi 12 novembre 2016

Beaux rivages de Nina Bouraoui : le deuil amoureux à l’heure du 2.0

Beaux rivages
Paru aux éditions JC Lattès en août 2016
252 pages

« Parfois je me demande si le bonheur existe, s'il existe vraiment, ou si nous en avons juste l'impression, la sensation, comme si quelque chose s'arrêtait en nous et que nous nous regardions à l'intérieur en nous disant : je suis heureux, je suis heureuse, je peux l'affirmer car je le ressens, dans mon corps, sous ma peau, ça pulse, file, c'est du flux qui se propage ; mais c'est juste un moment, un instant, un très court instant, comme si tous les sens étaient réunis, en alerte, pour éclairer ce bonheur si fragile qui n'existerait que dans son vol, quand il vient à nous, nu dans la lumière, comme une apparition avant de s'enfuir. »

Qui n’a jamais eu le cœur brisé par ce prince charmant ayant foutu le camp avec la belle au bois dormant (toute ressemblance avec une célèbre chanson est fortuite ...) ?
Adrian vient de quitter A. après huit années d’amour. Il l’a quitté pour une autre femme. Beaux rivages c’est la description de ce qui se passe lorsqu’on a le cœur brisé. Qu’importe l’âge, qu’importe que l’on soit un homme ou une femme. C’est universel et ça nous brise.
Mais ce roman c’est aussi la reconstruction de soi au moment où l’on s’y attend le moins et qui permet, au moins un temps, de tremper de nouveau ses lèvres dans une sorte de bonheur. 



On pourrait penser que ce roman est un énième roman d’amour ou plutôt de rupture amoureuse, un de plus dans le paysage littéraire et pourtant ce n’est aucunement le cas. Nina Bouraoui décortique avec précision les sentiments que tout être humain ressent lorsqu’il perd une partie de soi, surtout lorsqu’il ne s’y attend pas mais le tout sans pathos ni pleurnicheries.

mercredi 9 novembre 2016

Ce qui reste de la nuit de Ersi Sotiropoulos : voyage sur les pas du poète Constantin Cavafy

Ersi Sotiropoulos
Paru aux éditions Stock le 31 août 2016 - 296 pages
Lu via NetGalley

Je continue mon exploration au sein de la littérature étrangère. Cette fois-ci je vous parle d’une auteure grecque Ersi Sotiropoulos et de son dernier roman Ce qui reste de la nuit paru aux éditions Stock et lu via NetGalley. Merci à eux d’avoir accepté cette demande.

En quelques mots

« Les yeux fermés je me suis tourné vers toi dans le lit. J’ai tendu la main dans la pénombre pour toucher ton épaule. Ce galbe merveilleux, la peau blême encore sous le drap sali. Ce qu’on a écrit sur la peau ne saurait s’effacer, me suis-je dit. »

Nous voilà voyageurs dans le Paris du XXème siècle en pleine affaire Dreyfus, le Paris littéraire, le Paris artistique, dernier lieu de passage après un périple Européen pour Constantin Cavafy, un jeune poète grec en mal de mots mais non maux. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui vont lui compliquer la tâche de mûrir son œuvre poétique.

dimanche 6 novembre 2016

Atelier d'écriture #239 de Bric à Book | Havre de paix

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Julien Ribot

Comme un rituel durant l'été, je pars pour ma balade matinale, l'appareil photo autour du cou, prête à immortaliser toutes les merveilles que l'aurore dressera devant mes yeux. Après plusieurs clichés, mon regard s'arrête sur cette maison aux vieilles briques, au portail en fer forgé où la végétation est reine. 
Cette bâtisse a quelque chose de particulier, je dégaine l'appareil, je cadre, j'appuie. C'est dans la boîte. La photo sera encadrée en noir et blanc dans le salon de notre petit appartement. Une touche de bien-être imagée.

Les mois passent, et après de nombreuses discussions, la décision est prise. Nous nous lançons malgré les craintes, et notre passé respectif. 
Nous débutons nos recherches : maison avec extérieur, jardin ou cour peu importe, trois chambres, charme de l'ancien et surtout sans travaux.
Nous épions les annonces, le bon coin devient notre quotidien. Une visite, puis deux puis six. Sommes-nous trop exigeants ? Est-ce le bon moment ? Quelques jours plus tard, l'agent nous appelle, il a une maison à nous proposer qui n'est pas encore en agence. 
26 juillet, 19h, nous voilà devant cette maison aux vieilles briques, au portail en fer forgé et à la végétation reine de lieux. L'intérieur est tout aussi délicieux : briques apparentes, vieux parquet, luminosité, espace. Les mots nous manquent. Arrivés à la fin de la visite, sans même nous concerter, nous sommes d'accord. Ce sera celle-ci. Notre havre de paix.

Cette année Noël aura un goût plus exquis qu'à l'accoutumée. Le 26 décembre, une nouvelle étape sera franchie pour un désir de vie commune toujours plus grand, toujours plus fort. Un havre de paix dans lequel je me réveillerai chaque jour au creux de tes bras. Et à cette idée mon amour, je ressens les premiers émois de notre rencontre. Je ressens cet amour qui coupe la faim, qui rend tremblant, qui éloigne la peur et les doutes. 
J'aime à croire qu'il n'y a pas de coïncidences, ni notre rencontre à ce moment précis de ma vie, ni cette maison accrochée au mur qui sera désormais la nôtre,  

jeudi 3 novembre 2016

Jours de miel d’Eshkol Nevo : un délicieux conte moderne

Eshkol Nevo
Paru aux éditions Gallimard en janvier 2016
320 pages

Grande lectrice de littérature française, il était temps pour moi de découvrir d’autres horizons, c’est ainsi que mes yeux se sont arrêtés sur ce roman israélien à la couverture et au titre ô combien délicieux.


En quelques mots

« Et peut-être ne pouvait-il savoir alors, à l’âge de vingt ans et des poussières, que chacun possède sa part d’ombre et que le plus important est de savoir si la part lumineuse est vraiment aussi rayonnante… »

Tout commence lorsque Jeremiah Mendelstrum, un riche Juif américain, décide de faire un don à la ville des Justes (en Galilée) - une ville remplie de tombeaux sacrés où de nombreux pèlerinages ont lieu - pour la construction d’un mikvé (bain rituel purificateur) à la mémoire de sa défunte femme. Le maire y voit là une superbe occasion d’asseoir son mandat afin de se faire réélire aux prochaines élections. Mais voilà, son adjoint Ben Tsouk - un homme parti s’installer dans cette ville pour fuir son passé et Ayélet - garant des cartes de la ville, lui annonce que le seul endroit où le mikvé pourrait être construit se trouve en retrait de la ville proche de la base-secrète-connue-de-tous. Un quartier à l’abandon que le maire va s’empresser d’animer grâce à l’arrivée d’immigrés russes. Mais ces russes, ne parlent pas un mot d’hébreu, font partis du 3ème âge et n’ont que faire de ce mikvé et de la religion. Eux ce qu’ils veulent c’est un club d’échec… Tant pis, il est hors de question pour le maire de passer à côté de ce don. Le mikvé devra voir le jour coûte que coûte. Mais bien sûr rien ne va se dérouler comme prévu, et la ville des Justes va connaître une succession de catastrophes sociales, religieuses mais surtout ubuesques.





Je vous l’annonce ce roman est aussi délicieux à lire que sa couverture à regarder. L’absurdité et la tendresse sont les maîtres mots de cet ouvrage, et les deux sont mélangées avec beaucoup de finesse.