jeudi 22 décembre 2016

Tout ce dont on rêvait de François Roux : portrait d’une famille ultra-contemporaine

Parution le 2 janvier chez Albin Michel
336 pages


D’abord intitulé Tomber comme des mouches, Tout ce dont on rêvait de François Roux, dont la parution est prévue en janvier 2017, est assurément une découverte incontournable de cette rentrée littéraire hivernale.


« La plupart d’entre vous sont mieux placés que moi pour le savoir, le chômage ne ronge pas uniquement votre pouvoir d’achat, il n’affecte pas seulement votre capacité à vous procurer des biens matériels, le chômage a aussi un impact considérable, le plus souvent ignoré, sur la manière dont vous vous percevez en tant qu’individus, sur la façon dont vous vous comportez dans votre famille, avec vos amis, avec les autres en général. Être privé d’emploi vous atteint en profondeur. » 

Tout ce dont on rêvait démarre avec Justine, 25 ans. Une jeune fille fougueuse mais qui cache en elle un profond mal-être à cause d’un père pour le moins détestable. Au cours d’une soirée elle rencontre deux frères : Alex et Nicolas. Elle fera tout pour séduire le premier, consciente au fond d’elle qu’il s’agira d’une relation avortée avant même qu’elle ne prenne vie.
Quelques années plus tard c’est avec Nicolas que Justine se marie et fonde une famille, résiliée à choisir la stabilité plutôt que la passion. C’est un homme attentionné et désireux de satisfaire sa famille, lui qui a perdu très tôt ses parents, lui qui a dû devenir adulte avant l’âge pour élever son frère. 
Avec leur deux enfants, Adèle l’ainée et Hector le cadet, ils ont trouvé un équilibre malgré leurs cicatrices respectives. Jusqu’au jour où, à 49 ans, Nicolas perd son travail. S’en suit alors une lente descente aux enfers où cet équilibre inébranlable se trouve menacé et où les acquis volent en éclats.

« Autrefois, Justine aurait pu aider Nicolas, doublement même, en tant qu'épouse et en tant que praticienne.
Aujourd'hui, ils étaient l'un et l'autre arrivés à un point où ils ne pouvaient plus s'être d'aucun secours. Leurs chemins n'étaient ni opposés ni même éloignés, mais bel et bien parallèle. »

A travers ce roman, François Roux décortique brillamment trois générations : celle des parents de Justine, avec un père aux idées bien arrêtées permettant ainsi à l’auteur de mettre en lumière la montée des extrêmes et du front national. 
La seconde concerne Justine et Nicolas, une génération désabusée, qui n’attend rien, ne souhaite rien de plus que de continuer de vivre comme ils en ont toujours eu l’habitude, se gardant bien de tout parti pris. 
Et puis il y a la nouvelle génération Y ou Z, celle d’Adèle, qui ne se reconnait pas dans les choix portés par leur pays ni même dans ce capitalisme oppressant et qui se voit changer le monde à coup d’engagements et de réseaux sociaux. 

« Aujourd’hui on offrait en pâture le capital, les cosmopolites, les eurocrates, les sionistes, les immigrés. Tous ces gens-là, au fond, s’aimaient de haïr à l’unisson ces boucs émissaires. »

L’écriture précise permet au lecteur de prendre toute la mesure des descriptions faites, des états d’âme de chaque personnage qui se reflètent parfois en nous. Personnellement je me suis sentie très proche de Justine notamment en début de roman. 
Et si l’on peut facilement s’identifier à certains personnages, à ces générations scrutées dans les moindres détails, il n’en reste pas moins que le roman amène le lecteur à se poser sur des questions essentielles : l’exclusion sociale, le poids de notre passé, la place que l’on occupe dans cette société de surconsommation et de mondialisation. Mais aussi notre côté attentiste, fuyard et notre manque flagrant de communication. François Roux met le doigt sur chaque dysfonctionnement et chaque injustice. C’est néanmoins sans aucun jugement qu’il nous dépeint cette vision dure, réaliste mais non fataliste de notre monde actuel.

Un roman fort et ultramoderne que je vous conseille de découvrir dès sa sortie.


Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette très belle découverte en avant-première.

6 commentaires:

  1. Tu m'as convaincue ! Ce genre de roman me plait beaucoup. Je le note :)

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  2. J'aime bien ce genre de sujet, ancré dans l'univers qui est le nôtre. J'avais apprécié Le bonheur national brut. Merci de m'avoir signalé la sortie du nouveau roman de son auteur !

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    1. Il devrait te plaire alors. Je n'ai pas lu "Le bonheur national brut" mais je compte bien rattraper cela. Celui-ci m'a donné très envie d'en découvrir plus sur l'auteur et son style.

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  3. Tu m'as convaincue ! J'aurais dû regarder de plus près le programme des sorties Albin Michel. J'ai pour ma part demandé "Là où se croisent quatre chemins", j'espère aimer !

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    1. Fonce, il est top !
      Ah j'ai loupé celui dont tu me parles, je vais regarder de plus près la thématique.

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