dimanche 29 janvier 2017

Atelier d'écriture #251 de Bric à Book | В желанието си дърво

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Anselme

Ma princesse,

Laisse-moi te conter l’histoire de cet arbre si particulier. C’est un arbre comme l’on en voit rarement sur cette terre. 
A l’époque on nous avait raconté à papa et à moi qu’il était magique, chaque personne qui y laissait un vœu le voyait se réaliser. On nous l’avait assuré : В желанието си дърво est plus efficace que les pèlerinages, les prières et autres remèdes mystiques. Beaucoup s’y recueillaient pour des cas dits « désespérés », lorsque tous les autres recours tentés n’avaient donné lieu à aucun changement. 
Et nous, nous avions tout essayé.

mercredi 25 janvier 2017

Là où se termine la terre de Désirée et Alain Frappier : le Chili dans le cœur et les veines

Désirée et Alain Frappier
Paru aux éditions Steinkis en janvier 2017
260 pages

Je me suis lancée le défi en 2017 de sortir de ma zone de confort et de lire davantage de romans graphiques et de bandes dessinées. C'est ainsi qu'un peu par hasard je me suis tournée vers Là où se termine la terre et c'est un énorme coup de cœur.


Désirée et Alain Frappier travaillent ensemble depuis les années 2000 pour créer des albums. Elle est journaliste et écrivain, lui est peintre et illustrateur. Ce roman graphique est le fruit du témoignage de leur ami Pedro Atías Muños, né à Santiago, exilé en France.

« Quand je pense à l’exil, ce sont mes souvenirs d’enfance qui me reviennent. Comme si je m’étais laissé là-bas, coupé de moi pour toujours. Mon père disait : Chili signifie "là où se termine la terre" ».

dimanche 22 janvier 2017

Atelier d'écriture #249 de Bric à Book | A l'aube

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Valentine Goby

Nous étions là au sommet de cette colline à écouter le vent souffler à travers les branches, se laissant saisir par le froid de l’hiver. L’espace d’un instant, nous oubliions la haine et la guerre dans ce monde perdu, humant l’odeur de la terre humide, observant l’aube de ce dimanche particulier.

Le soleil rayonnait sur cette Terre endormie. Les animaux hibernaient paresseusement, la nuit avait été glaciale. Pour nous réchauffer nous avions simplement laissé parler nos corps dans un jeu de tendresse et de passion au pied de la cheminée. Et ce matin là, en pensant au retour, nous avions envie de contempler une dernière fois la beauté de notre planète, sans bruit.
Ce spectacle de la vie que l’Homme négligeait sans cesse, nous désirions en imprégner notre mémoire, pour ne jamais oublier ces couleurs à la fois pâles et vives, le tintement de la vie avoisinante, le monde s’offrant à nous dans sa douceur pure et enivrante.

Doucement nous avancions vers ce banc pour observer la plaine en contre-bas. Je me souviens que nous nous sentions grands, blottis l’un contre l’autre, mon cœur transporté comme une vague, souhaitant que cet instant intense et profond dure éternellement. Je me souviens m’être dit, les larmes roulant sur mes joues, que je souhaitais que cette vie, cette douce vie soit nôtre. 

Le temps ne s’est pas arrêté... Et nous avons dû rebrousser chemin vers notre vie chaotique, suspendus chaque jour à l’attente d’une éventuelle balle, d’une éventuelle bombe, d’une éventuelle annonce me disant que tu es mort au combat.  
Je me souviens de ce dimanche particulier à l’aube de notre amour où je n’ai pas su t’avouer qu’en moi poussait le fruit de notre amour.


© Amandine - L'ivresse littéraire

jeudi 19 janvier 2017

Ce cœur changeant d’Agnès Desarthe : un demi-siècle d’aventures et de mésaventures

Ce coeur changeant
Paru en poche aux éditions Points
336 pages

Avec ce très joli titre tiré du poème « Marie » (recueil Alcools) d'Apollinaire, on s'attend à vivre un beau et grand moment de lecture ... Et pourtant ...




Née en 1889 à Sorø au Danemark, Rose a vécu une enfance tumultueuse auprès d’une mère névrotique et d’un père militaire et effacé. Rose a beaucoup voyagé entre son pays d’origine, la France puis l’Afrique, mais jamais seule. Toujours sa gouvernante, Zelada, qu'elle aimait tant la veillait. Alors lorsqu’à vingt ans, la tête remplie d’idéaux et sans un sou, elle débarque à Paris elle pense pouvoir vivre la grande et belle vie dans ce Paris rêvé. 
Mais d’aventures en illusions, la jeune fille va vite tomber de son petit nuage pour tenter de se faire une place dans cette société bousculée du tout début XXe siècle. 
Ainsi, la jolie jeune femme va bien vite tomber dans les affres de la misère et la pauvreté. Petit à petit, elle fera la connaissance de personnes qui lui viendront en aide mais causeront aussi sa perte. Car Rose suit son cœur, coûte que coûte, au risque de perdre pieds.

dimanche 15 janvier 2017

Atelier d'écriture #249 de Bric à Book | Familiar

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)


© Vincent Héquet


Maxine travaille dans l’immobilier. Son métier : visiter, mesurer, photographier et vendre. Enfin surtout visiter, mesurer, photographier. Non parce que pour le reste c’est plutôt Monsieur Lourdo, son patron, qui gère. Lui, il a le droit au plus sympa du boulot et à la commission accessoirement … Alors quand il lui a annoncé qu’elle devait aller visiter ce vieux bâtiment désaffecté, destiné à de futurs lofts, autant dire que Max était au bout du rouleau. 

Plus vite arrivé, plus vite partie. Elle se dépêche d’aller faire le boulot ingrat, avec un peu de chance en rentrant au bureau, de potentiels clients pousseront la porte et elle aura tout le loisir de les écouter, les renseigner, leur montrer des biens et les emmener en visite. 
C’est donc sans grande conviction qu’elle pousse l’énorme porte d’entrée en fer forgé puis démarre sa visite. 
Mais lorsqu’elle tombe sur ce plateau brut, à gros potentiel, lui avait affirmé Lourdo, elle ressent tout de suite l’âme du lieu. Et elle se met à penser que cette ancienne école de danse avait peut-être élevé quelques petits rats de l’Opéra. 

Subjuguée, elle tourne sur elle-même pour admirer le lieu. C’est alors qu’elle entend s’élever dans les airs une musique, Familiar d’Agnès Obel, une de ces favorites. D’un coup tout lui échappe, son calepin, son télémètre. Max se déchausse, dénoue ses cheveux et se met à danser, virevolter sur les notes de piano et de violoncelle qui s’accentuent à mesure que ses pieds parcourent l’espace. 
Au hasard de ses mouvements, le fin tissu de sa robe bleue contourne plus précisément les formes cachées de cette danseuse improvisée. Ses longs cheveux bruns volent dans les airs et frappent son visage crispé et souriant, libre et apaisé.

Lorsque la voix d’Agnès Obel s’arrête, Maxine est à genoux, à bout de souffle… D’où lui est venu cette aisance, cette grâce, elle qui a toujours eu deux pieds gauches malgré son amour pour la danse ? Qu’est-ce qui lui a pris ? Heureusement que son patron n’était pas présent, qu’aurait-il pensé de ce spectacle insensé ? 
A peine a-t-elle le temps de reprendre ses esprits qu’elle sent un courant d’air chaud parcourir son dos, comme une présence, une force inconnue lui implorant de rester.
Comment un bâtiment dans un tel état, à un prix défiant toute concurrence peut-il avoir autant de puissance ? 
Troublée, émue par cet état second dans lequel elle s’est retrouvée, par cette musique venue d’on ne sait où, par cette présence qu’elle a senti autour d’elle, elle ramasse ses feuilles, se met à écrire quelques phrases, puis un nombre et part. 

En rentrant au bureau, elle soumettra l’offre à son patron. S’il l’accepte, elle lui remettra l’autre lettre. 

Il est temps, se dit-elle, d’apprendre, entourée d’autres étoiles, à avoir un pied droit et un pied gauche, de redonner son âme à ce lieu unique, de reposer ces grandes barres en bois et ces miroirs, de rouvrir les portes de cette école dansante.  

© Amandine - L'ivresse littéraire

Et pour prolonger l'instant ...


jeudi 12 janvier 2017

Au départ d’Atocha de Ben Lerner : errances madrilènes d’un jeune poète américain

Paru en poche aux éditions Points - 216 pages
Lu dans le cadre du "Prix du meilleur roman des lecteurs de Points"

Au départ d’Atocha est le premier roman du poète Ben Lerner, lauréat de plusieurs grands prix de la poésie. Ce roman fait partie de la sélection 2017 du prix du meilleur roman des lecteurs de Points.


Au départ d'Atocha

Adam est un jeune poète fumeur et un peu fumiste également. Américain d’origine, il quitte son pays pour un voyage à Madrid dans le but d’y étudier son Histoire - notamment la période franquiste – et ses poètes. Mais finalement ce qu’il préfère c’est fumé des joints, et même s’il paraît que les plus grandes œuvres artistiques sont nées sous l’effet des drogues, ce n’est pas vraiment le cas d’Adam qui préfère se laisser vivre, au moins un temps, et s’inventer une vie auprès des gens, des femmes qu’il rencontre. Une vie dans laquelle sa mère serait morte, puis gravement malade et son père fasciste. 

Entre mensonges et réalité, Adam s’y perdra et s’y amusera jusqu’au jour où l’attentat d’Atocha viendra bousculer son petit monde préfabriqué.

dimanche 8 janvier 2017

Atelier d'écriture #248 de Bric à Book | Între fericire și singurătate

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

©Leiloona

Cela fait désormais trois mois que j’ai pris cette décision. Tout plaquer, ce boulot usant, ce stress citadin, cette monotonie quotidienne, tes bras. Il fallait à tout prix que je quitte cette vie sous peine de perdre pieds. C’est ainsi qu’un simple bagage au bras, j’ai voyagé plusieurs jours en train pour arriver dans cette contrée à l’abri de la folie des hommes, à l’abri de toi. 

Aujourd’hui, je te dois des excuses, il me semble, ou au moins une explication. Comme une voleuse de rêve, je suis partie sans un mot ou presque, juste un « pardon » griffonné sur un minuscule bout de papier - il n’en fallait pas plus pour un simple mot – abandonné là sur ta table de chevet. Si petit, comme mon courage à t’affronter … 
Depuis l’enfance, j’ai toujours été une personne pleinement et naïvement heureuse. Je ne me posais jamais aucune question existentielle, maman me disait que c’était inutile pour être heureuse. Ma voie était tracée d’avance, papa et maman avaient pensé à tout pour moi, même à toi. Alors il faut me comprendre … Evidemment un jour un déclic aurait lieu, un petit plomb péterait tout là-haut dans ma tête. Crois-moi c’est mieux que je sois partie, quand la folie s’immisce dans les veines, même tendrement, le résultat peut être désastreux. Ce n’est pas contre toi, mon Amour, mais la liberté m’appelait. J’avais besoin de découvrir le monde, de me sentir étrangère et utile à la fois. Résonnait sans cesse dans ma tête ces quelques mots de mon roman fêtiche « A force de prolonger l'enfance, tu vas mourir sans avoir été une femme. Prends le risque de sauter dans le grand bain. L'eau est froide, je ne vais pas te dire le contraire, mais on s'y habitue et parfois, on s'y amuse beaucoup. ». Depuis ils ne me quittent plus, j’en ai fait ma devise.

lundi 2 janvier 2017

La téméraire de Marine Westphal : l’Amour face à la maladie

Marie Westphal
Parution aux éditions Stock - le 4 janvier 2017
144 pages

C’était l’un des romans que j’attendais avec impatience pour cette rentrée littéraire de janvier. Et je n'ai aucun regret de l'avoir sélectionné dans ma liste.


« Une grenade avait pété dans la tête de Lo Meo. A qui la faute, voilà le plus dur. Ils avaient dit qu’à ce stade même une rognure d’ongle aurait suffi, ses vaisseaux étaient devenus si petits, un rien pouvait faire barrage. Faire barrage. Couper la circulation. Route barrée, vies au caniveau. Un accident vasculaire cérébral comme un embouteillage en pleine campagne, l’horizon mangé par le dos rond des bagnoles […]
Une grenade, donc. Un minuscule débris, poussière qui flotte, dérive et, en quelques minutes, plus personne pour répondre. Lo Meo part de lui-même, s’échappe, se perd, et ne se retrouve plus. Tête sans lumière, corps de chiffon, passé gommé. »