mercredi 31 mai 2017

La douleur porte un costume de plumes de Max Porter : les mots et l’imaginaire comme remède à la perte

max porter
Paru aux éditions Points en février 2017
144 pages

Un homme, écrivain, et ses deux enfants viennent de perdre celle qui était le pilier de leur tribu : une épouse, une mère. Un corbeau imaginaire va alors faire irruption dans leur vie. 
Contrairement à l’image que l’on a du corbeau, celui-ci ne sera pas « l’oiseau de mauvais augure » mais un compagnon - certes curieux, extravagant et narquois - pour ces trois hommes désormais seuls.

« Quatre ou cinq jours après sa mort, j’étais seul dans le salon à me demander que faire. A tourner en rond en attendant que le choc se résorbe, à attendre qu’une émotion structurée, n’importe laquelle, émerge de l’imposture organisée qu’étaient mes journées. J’étais aussi vidé qu’un pendu. Les enfants dormaient. Je buvais. Je fumais des roulées à la fenêtre. Je me disais que peut-être la conséquence principale de son départ serait que j’allais devenir ce coordinateur, ce vendeur méthodique de gratitude cliché, cet automate architecte de routines pour petits enfants sans mère. La douleur me semblait quadridimensionnelle, abstraite, vaguement familière. J’avais froid. »

Trois voix, trois émois, une seule douleur celle d’une femme décédée donc qui a laissé dans leur solitude infinie mari et enfants. Comment survivre à la perte ? Comment se relever lorsque le sol se dérobe sous nos pieds ? 
Voilà le défi de l’ami Corbeau, symbole de la mort. A sa manière, parfois maladroitement, avec humour (anglais bien sûr), mais toujours avec bienveillance, il tentera d’adoucir le quotidien de ces héros en leur racontant des histoires, en leur faisant vivre des aventures rocambolesques. 

Ce court livre n’est assurément pas un roman, c’est un conte, un poème bouleversant accompagnateur de la douleur. 
Max Porter brise ainsi les tabous du deuil avec finesse, acidité et drôlerie (si tant est que l’on soit sensible à l’humour anglais). Oui il y a bien sûr de la cruauté dans ce livre puisque la mort d’un être cher est cruelle mais il l’utilise avec humilité et intelligence. 
« Il était une fois deux garçons qui faisaient exprès de mal se rappeler les choses qui concernaient leur père. Ça les aidait à se sentir mieux au cas où ils oublieraient des choses qui concernaient leur mère. »
A tour de rôle, le père, les fils et Corbeau prennent la parole à cœur ouvert. Leurs mots porteront le poids de la mort laissant le lecteur ému par les sentiments qui s’entrechoquent dans le cœur de ces orphelins. 
Et qu’importe si cet oiseau, considéré comme oiseau de malheur, soit réel ou non, son but est ailleurs. Son but est de personnifier cette douleur et ce vide immense, ces manques qui s’immiscent dans le cœur, ces colères qui enveloppent. Son but est de faire s’envoler ces plumes noires pour tenter de renaître ou tout au moins trouver un peu de lumière pour poursuivre le chemin. 

La douleur porte un costume de plumes est une œuvre singulière qu’il faut oser lire, dans laquelle réel et fantaisie s’entremêlent harmonieusement. Les mots et l’imaginaire comme remède contre la douleur et le deuil. Et pourquoi pas ?  
« Tourner la page, le concept, c’est pour les idiots, toute personne sensée sait que la douleur est un projet à long terme. »

dimanche 28 mai 2017

Atelier d'écriture #269 de Bric à Book | Petits pas sur le sable

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Vincent Héquet

Il y a fort longtemps, j’ai vu cette jeune fille laisser ses empreintes sur le sable. Comme des milliers d’autres personnes mais celle-ci me hante encore. Les cheveux ébouriffés par le vent, les yeux émerveillés par cet horizon sans fin. Elle souriait lorsqu’elle regardait la mer et se taisait en observant la terre humide. 

mercredi 24 mai 2017

La sonate oubliée de Christiana Moreau : voyage à travers le temps et la musique

La sonate oubliée
Paru chez Préludes en janvier 2017
256 pages

Restons dans la musique, après le piano d’Erik Satie, partons pour les sonates de Vivaldi, avec le premier roman de Christiana Moreau.

« Au commencement du monde, le silence. Puis vient l'harmonie, source de la musique. »
Lionella est une jeune fille d’origine italienne qui vit en Belgique dans une ville en pleine mutation suite à la fermeture de la dernière usine. Elle y vit modestement avec ses parents et son frère et surtout avec Kevin son ami d’enfance. Passionnée de musique, le violoncelle est son arme suprême. Si douée que son professeur décide de l’inscrire au prestigieux concours Arpèges. 
Mais voilà Lionella ne sait quel morceau choisir, elle souhaite se différencier, ne pas proposer les classique habituels. 

dimanche 21 mai 2017

Atelier d'écriture #268 de Bric à Book | Paillettes artificielles

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

CC0 Public Domain

Haute et grise, à la terrasse ensoleillée. Piscine chauffée, dans laquelle je me souviens je souhaitais tant plonger. Je pense d’ailleurs que cela s’est produit, plus tard dans la soirée, lorsque l’alcool et la coke avaient fait leur effet.

Les flashes des photographes remuent mes souvenirs, j’entends encore les bribes de voix de ces invités surexcités. Moi la première. Dans ce grand salon, la musique retentissait à tout rompt. Là, au milieu de la pièce, dans ma longue robe soyeuse vert émeraude, je sentais leurs regards me dévêtir. Les verres trinquaient mon nom qui monte. Petite sauterie, festin des sens. 
Je planais, je jouissais de toute cette admiration. Il faut dire que j’étais la nouvelle égérie montante. 

Je me souviens de ces unes de magazines sur lesquelles je figurais, seule ou accompagnée d’un Don Juan, faux, comme ce monde de paillettes. Mon portrait dévorait les affiches. Fini l’anonymat, les regards s’attardaient, admiratifs. Et mon orgueil montait en flèche. Et mon orgueil se sentait habile. 

Et puis j’ai perdu pied au milieu de ces paillettes blanches. 

Vieille célébrité que le présent a oubliée. Gloire enterrée dans la poussière de ces paillettes artificielles. Descente aux enfers, paradis artificiel … 

Aujourd’hui dans cette chambre blanche, je ne peux me résoudre à jeter cette unique photo, gardienne de ma déchéance. 

© Amandine - L'ivresse littéraire

lundi 15 mai 2017

Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon : éloge contemporain à un compositeur hors normes

Stéphanie Kalfon
Paru en février 2017 aux éditions Joëlle Losfeld
216 pages

Tout comme les poètes et les peintres, les musiciens n’échappent pas à cette appellation "d’artistes maudits". Preuve en est avec ce portrait dressé du pianiste Erik Satie par la réalisatrice et scénariste Stéphanie Kalfon.


« On n'envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s'assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d'immunité qui nous tiennent à l'abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile. Et leur silence vous frôle comme un rire qui s'éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S'en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d'été... Partout c'est l'hiver. Ils ne s'apitoient pas : ils s'absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. Ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger à personne les désagréments de leur laideur inside. Ils savent quoi dire sans déranger. C'est tout un art de marquer les mémoires d'une encre effaçable... »

mercredi 10 mai 2017

La tresse de Laetitia Colombani : le lien indéfectible entre trois vies tient parfois à un cheveu

La tresse éditions Grasset
Paru aux éditions Grasset le 10 mai 2017
224 pages

Lu dans le cadre du coup de cœur des lectrices Version Femina et quelle superbe découverte ! Je ne suis pas certaine que je me serais arrêtée dessus en librairie et pourtant ce roman est à lire dès sa sortie. 


Lectrice Version Femina


Un nouveau jour se lève pour Smita, Guilia et Sarah. Trois femmes, trois continents, trois pays, trois vies que tout sépare. Et pourtant cette nouvelle aube ne sera aucunement banale pour ces trois femmes aux destins contrastés.

dimanche 7 mai 2017

Atelier d'écriture #266 de Bric à Book | Ruines d'un temps passé

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

© Fred Hedin

J’ai poussé la vieille porte de cette bâtisse où les souvenirs me happent comme dans un mauvais rêve. Ne reste que des ruines de cette maison familiale où jadis les murs transpiraient d’amour. 
Cet escalier maintes fois monté et descendu, en courant, en traînant des pieds, deux par deux aussi portant dans sa cage nos rires et nos cris. Il n’en reste rien ou si peu. Il manque des marches, fissurées, effondrées par le poids du passé. Semblables à l’état de mon cœur.

vendredi 5 mai 2017

Rencontre avec Jon Monnard pour son premier roman « Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifique »

Jon Monnard
© Philippe Girard

Il y a quelques semaines, je vous parlais d'un premier roman coup de cœur : Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifique de Jon Monnard paru aux éditions L'Âge d'Homme. Coup de cœur car touchant, poétique, sensible et chaotique parfois. Coup de cœur car résolument moderne lorsqu'il dresse ce portrait de la génération Y avide de réussite.

mardi 2 mai 2017

La plume de Virginie Roels : une fiction politique actuelle pour l’accession au pouvoir

Virginie Roels
Paru aux éditions Stock
320 pages

Puisque je trouve que l’on ne parle assez politique en ce moment... je vous propose de rectifier cela avec le premier roman de Virginie Roels paru aux éditions Stock.
Une fiction électorale d’un réalisme puissant que vous aurez bien du mal à lâcher.