vendredi 5 mai 2017

Rencontre avec Jon Monnard pour son premier roman « Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifique »

Jon Monnard
© Philippe Girard

Il y a quelques semaines, je vous parlais d'un premier roman coup de cœur : Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifique de Jon Monnard paru aux éditions L'Âge d'Homme. Coup de cœur car touchant, poétique, sensible et chaotique parfois. Coup de cœur car résolument moderne lorsqu'il dresse ce portrait de la génération Y avide de réussite.

Ce premier roman c'est un besoin que l'on sent viscéral mais aussi la promesse faite à une mère avant son décès. 
Alors après ma lecture, j'avais très très envie d'en savoir plus sur ce talentueux fribourgeois de 27 ans et surtout très envie de vous faire partager cela.

◈◈◈

Dans ce premier roman, tu mélanges voire parfois confrontes le monde littéraire et celui de la mode, alors la littérature nous pouvons aisément comprendre mais pourquoi la mode et comment cette idée d'allier les deux est née ?

La mode est un monde qui me fascine beaucoup. Personnellement, j’aime beaucoup les beaux vêtements, les motifs, les assembler avec des couleurs idéales… donc j’avais déjà un intérêt pour le milieu. Après je n'en suis  pas complétement émerveillé; je préfère garder un avis critique, réel sur le milieu (attention ! Ce n’est pas non plus seulement un monde d’apparences et de superficiel). Durant l’écriture du livre, afin de construire mes réflexions sur l’histoire, les ressentis de mon personnage à l’égard du milieu et de ceux qui gravitent autour, j’ai moi-même échafaudé ma propre critique avec des documentaires, des livres sur l’histoire culturelle de la mode, ce que je constatais sur les réseaux sociaux. Puis il y a Prada qui organise un concours d’écriture une fois par année ; c’était une première confrontation, à mon sens, d’associer mode et littérature. De fil en aiguille, je me suis dit que c’était une association rare bien que déjà inspirante pour des créateurs comme YSL, Rykiel, … Alors, je me suis demandé pourquoi il y avait cette absence à hisser l’écrivain comme effigie de mode, de « célébrité ». L’idée était aussi de donner des idées, de la matière, montrer que la création, les réflexions de la mode, n’étaient pas dénuées de sens ou sans profondeur. 

Coska, ce jeune homme à la fois fort et écorché est très énigmatique et même fascinant, l'as-tu inventé de toute pièce ?

Coska, c’est moi, je dois l’avouer. C’est un alter égo littéraire qui me suit depuis un bon moment déjà. Il a les doutes, les obsessions, les secrets que j’ai. Il a évolué au fil des situations, comme j’ai évolué durant les deux ans qu’a pris l’écriture de ce roman. Je dirais qu’il est inspiré du  « comment est-ce que je me vois ». Je reste tout de même assez discret sur son passé et aussi sur lui-même… C’est en quelque sorte comme s’il « taisait » sa personnalité. Je me suis aussi permis quelques libertés qui ne regardent que lui, sans que ma personne n’en soit le sujet.

Il y a donc une part autobiographique dans ce roman …

Si l’on parle des faits, il y a une part de vrai et de faux. Mais c’est un secret entre ce livre et moi ! J’ai beaucoup de peine à mentir… alors disons que les (més)aventures de Coska sont largement autobiographiques ! 
Pour ce qui concerne les soirées de Coska, j’ai dû édulcorer des passages, comme j’en ai amplifié d’autres. Quant au milieu de la mode, j’ai construit avec ce que je connaissais déjà. Puis, par souci de cohérence avec la réalité, je tenais à m’approcher un maximum du réel. Alors je me suis entouré de grandes pointures de la mode avec qui j’ai échangé des e-mails ou que j’ai rencontré pour de vrai. Nous avons beaucoup discuté et je me suis inspiré de leurs anecdotes, des vidéos qu’ils me montraient etc… 

Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifiquePour certains de tes personnages les blogueurs ne sont toujours très bien perçus, quelle image en as-tu ?

Tout dépend de quels types de blogueurs nous parlons. J’ai plus de réticences envers les blogueurs mode que les bookstagramers. Et encore ! Pour catégoriser, j’ai de la peine avec cette volonté de paraître, sans réflexion, sans critique, sans fond. Ce sont des communautés et chacune a ses codes et ses buts. Alors oui, Instagram est un royaume d’images. Je peine juste à suivre des univers qui se ressemblent et qui se multiplient à l’infini sans rien proposer de nouveau. J’aime la découverte, l’étonnement, la surprise. Je préfère des comptes qui se diversifient plutôt que ceux qui suivent juste le mouvement pour décrocher des LIKES. 
Pour le contenu d’un blog, j’ai lu des critiques (pour ne pas les citer), vraiment excellentes. Non pas parce qu’elles soutenaient mon livre, mais parce que ces critiques là ont parfaitement saisi non seulement l’histoire, mais aussi toutes les thématiques et les messages de celles-ci. On me cite des références et des comparaisons à des films, des auteurs, des livres. Je trouve ça totalement maîtrisé. Il y a vraiment de la super qualité au niveau des articles publiés sur des blogs !
Ils sont aussi de nouveaux intermédiaires (comme des journalistes ou des libraires) envers qui l’on peut directement se diriger pour de nouveaux avis ou conseils sur une sortie. Bien sûr ils ne remplacent pas les libraires et journalistes, mais ces blogueurs ont une place de choix, un avis qui comptent dans le domaine culturel. Ils sont complémentaires. C’est une évolution très intéressante !

As-tu eu un processus, des habitudes particulières pour écrire Et à la fois ... ?

L’écriture a été très spontanée. Une fois que je tenais l’idée, le noyau, je devais lui apporter la matière qui l’entourait. J’écrivais de manière spontanée. Parfois aussi, suivant mes émotions, j’étais plus enclin à traiter certains sujets. Alors je les reportais sur mon portable pour les retravailler sur papier ensuite. Parfois, je buvais, ça créait des fulgurances… que j’oubliais endormi sur mon canapé ! 
Par contre, il m’arrivait de prendre le train et de regarder d’où je vivais, quel serait le trajet le plus long sans interruption. Ça me permettait de travailler dans une dynamique, un mouvement, avec des gens qui passent, des paysages qui défilent, avec mon ordinateur et mes livres plutôt que d’être seul. J’étais très seul quand il s’agissait de travailler les versions finales. Et je travaille très souvent avec des écouteurs ce qui me permet de me couper du monde, d’une certaine manière.

Qu'est ce que ça fait d'être préfacé par l'immense Philippe Besson ?

Philippe est une personne très sincère et très honnête. Il m’avait fait un retour négatif sur la première version que je lui avais envoyée. Lorsque j’ai retravaillé mon manuscrit durant 7 à 8 mois, que j’ai trouvé mon éditeur, il l’a relu et a été d’accord de m’écrire une préface. Je suis le seul (en tout cas le premier) roman préfacé par Philippe Besson ; il ne l’aurait jamais fait s’il ne l’avait pas aimé. Donc j’en suis vraiment fier.

A titre personnel, penses-tu que la création puis le succès engendre inévitablement une dérive de celui ou celle sous le feu des projecteurs ?

Ce qui est sûr, c’est que ça nous fait cogiter ! Après tout dépend des individus… Coska se retrouve plutôt dans la confusion. Coska se ment. Il a accédé à son rêve en buvant une grosse gorgée de poison. Comme dans le livre, comme dans la vie, je pense que le soutien (la famille, les amours, les amis, notre éditeur) permet de garder les pieds sur terre, de revenir à l’essentiel et de prendre de bonnes décisions.

Toi qui rencontres un succès, puisque ton premier roman est extrêmement bien perçu, comment le vis-tu ?

Je le vis bien. Je suis vraiment super touché de votre soutien, celui de mes voisins français ! C’est incroyable l’intérêt et la gentillesse que je reçois.
C’est si difficile d’être un parmi des milliers. Donc ça fait un grand bien de sortir du lot et de se sentir spécial, surtout quand il y a tant d’années de travail et de réflexion. La plus belle des reconnaissances, c’est d’avoir écrit un roman qui fait écho aux lecteurs/trices et qu’ils ont passé un bon moment à le lire. S’ils ont ressenti des sensations, c’est encore mieux ! 
Bon j’attends encore le téléphone de Ruquier ou de François Busnel pour La Grande Librairie !

Je pense que je pourrais trouver encore beaucoup d'autres questions mais puisqu'il faut terminer ... Quel a été ton dernier coup de cœur littéraire ? Et pourquoi ?

Louis Aragon« Coup de cœur » c’est un mot fort, je dois bien choisir. J’ai le défaut de lire peu de littérature contemporaine. Mais il y a un livre que je défendrai corps et âme, c’est Aurélien de Louis Aragon. Une tuerie. Je suis en train de le relire tellement il a été bon. Pourquoi ? Déjà pour le titre si simple (au contraire du mien). Il m’évoque un garçon dans une belle maison haussmannienne dans le quart du XXe siècle. Suivent les soirées mondaines, les brûlures de la première guerre, les personnages incroyablement attachants. C’est aussi une histoire d’amour – impossible dit-on – et j’adore les histoires d’amour. C’est merveilleusement bien écrit, de belles formulations, de belles punchlines grâce aux caractères souvent bien trempés des personnages. C’est l’ambiance des années folles, entre fumées de cigarettes, noctambulismes et les grandes questions sur soi. Du très très lourd ! 

◈◈◈

Merci à Jon Monnard d'avoir pris le temps de répondre en détail à mes questions. 


4 commentaires:

  1. Belle ITW miss.
    Le titre du livre est splendide... ça me tente.

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    1. Je suis d'accord splendide et énigmatique. Et il n'y a pas que le titre :)

      Merci ma belle.

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  2. Merci pour cette belle interview ! Je suis Jon Monnard sur Instagram et j'ai très envie de lire son roman. Ton interview permet d'en savoir un peu plus sur ses inspirations. Comme il le dit, j'espère bientôt le voir sur le plateau de la Grande Librairie ! Et je le rejoins dans ce qu'il dit sur Aurélien, un roman sublime.

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    1. Je n'ai fait que poser les questions qui me trottaient dans la tête après avoir refermé le roman mais je suis ravie si l'interview plaît et si elle suscite davantage l'intérêt de ce roman.
      Ce serait énorme de le voir à LGL ! Je vais aller contacter François haha.
      J'ai un peu honte de l'avouer mais je ne suis pas très caler littérature classique, alors je n'ai jamais lu Aurélien mais je compte bien rectifier cela.

      En tout cas vraiment hâte de découvrir ton avis dessus lorsque tu l'auras lu.

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