jeudi 8 juin 2017

Candide et Lubrique d’Adam Thirlwell : bavardage philosophique autour de l’amour, le destin et la vie

Adam Thirlwell
Paru aux éditions Points - 408 pages
En lice pour le PMR 2017

« Quand j’étais petit, j’avais coutume de rester dans cette pièce lorsque j’étais malade, c’était comme une récompense, et j’entendais le laitier qui remontait l’allée. Et à présent je me réveillais aux aurores et me rendais compte qu’il n’y avait plus de laitiers. L’unique gardien du son, c’était moi. »

Etats-Unis, L.A mais ce pourrait être ailleurs.
Un homme marié se réveille auprès d’une autre femme que la sienne. Elle est endormie, paisiblement. A bien y regarder, son sang coule sur l’oeiller. A bien y réfléchir, ils ont peut-être forcé sur la drogue la veille… En gentleman qu’il est, il la dépose à l’hôpital et retourne à sa vie.
L’histoire aurait pu s’arrêter ici mais ce héros ou plutôt cet anti-héros, un peu philosophe à deux sous, couvé par ses parents, a le don pour se fourrer dans de sacrés mauvaises aventures : braquage d’un salon de coiffure, orgie, hammam quelque peu libertin. Bref, il enchaîne les casseroles. 
Mais ne dit-on pas qu’un jour la roue tourne ? Que nous ne sommes pas maîtres de notre destin ? En ce qui le concerne, il est évident que son destin se chargera de renverser la vapeur …
« Tout est rétrospectif, y compris vos motivations. Ce qui ne signifie pas, cependant que tout ce que vous ressentez, quand il se passe quelque chose, est cécité et aveuglement. Si une intention est révélée dans le futur, cela ne veut pas dire qu'on pouvait en avoir l'intention depuis le début. Par exemple je me rappelle un ami érudit, une fois qui essayait de m'expliquer dans un pub ou je ne sais quel bouge qu'il y avait une différence entre le narrateur conscient et le narrateur réticent, celui qui sait ce qui est révélé et celui qui ne le sait pas - alors que je ne suis pas certain que l'on puisse réellement maintenir cette distinction. Nulle personne qui parle n'est tout à fait consciente de la totalité de ce qu'elle dit... C'est le problème que j'ai en général lorsque je parle en essayant de décrire ces faits car il s'avère qu'il n'y a pas de faits du tout : uniquement des signes et des interprétations. »

Adam Thirlwell transporte son lecteur dans un monde loufoque, que l’on pourrait penser totalement surréaliste tant les aventures de son personnage sont ubuesques. Un personnage drôle car totalement stéréotypé. Imbu de sa personne, sûr de lui et à la fois complètement paumé dans ce monde et dans la société. Marié mais infidèle, sans emploi, vivant chez ses parents avec sa femme, désireux de se faire aimer des gens. Bref pas vraiment l’homme idéal. Et pourtant on passe un bon moment avec lui et ses questions existentielles. 
Questions philosophiques parfois, qui, sorties de ce roman fou peuvent valoir la peine que l’on se penche dessus, juste par plaisir, juste pour analyser le monde dans lequel nous vivons et nous auto-analyser par la même occasion.

Mais voilà les pages se tournent et le temps se fait long malgré tout. Les pages se tournent et l’on sent pointer le « mi-figue mi-raisin ». Car oui, il y a des romans dont on ne sait quoi en penser lorsque l’on ferme la dernière page. Candide et lubrique est pour moi l’exemple type. La lecture devient fastidieuse, le héros est si bavard qu’il nous perd dans un dédale de détails. Et pourtant, j’ai eu envie de poursuivre ma lecture, de tourner les pages pour savoir quelle folle nouvelle aventure allait arriver à ce mec déboussolé sentimentalement et professionnellement. Déstabilisant ce sentiment d'entre-deux.

La dernière partie du livre a sauvé un peu les choses. C'est dans celle-ci que qu'Adam Thirlwell m'a repêchée, j’ai pu ressentir autre chose que de la fougue, autre chose que de la lourdeur. Quand le destin bascule. Quand cet anti-héros, candide et lubrique, décide, à sa manière, d’aller au fond des choses.
En définitif, avec Candide et lubrique, Adam Thirlwell nous amène à vivre une très curieuse expérience.

« A l'époque, je pensais qu'il y aurait bien d'autres grandes oeuvres de ce genre que je verrais ou lirais, et qu'elles auraient un impact majeur sur moi, et que bien sûr, je deviendrais moi-même un artiste. Mais il y en a finalement eu peu. Et la seule forme artistique que j'aie accomplie est ce récit grouillant, tout lumineux et sincère comme les peintures que les gens accrochent aux barrières des parcs.»


4 commentaires:

  1. Je l'avais vu mais j'avais hésité à l'acheter, ce que tu en dis ne me motive pas pour le moment parce qu'il me rappelle un livre de Tim Roth où le personnage était détestable et un peu trop cynique même s'il développait beaucoup de pensées intéressantes.

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    1. Je ne connais pas le livre de Tim Roth mais ce que je peux te dire c'est qu'ici le personnage n'est vraiment pas détestable ni cynique, il est juste ... naïf... Et porte si bien ce titre de candide et lubrique.
      Peut-être pour plus tard alors :)

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  2. Le début de ta chronique m'a donné envie et puis tout d'un coup je me suis refroidie...

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    1. Ce n'est que mon ressenti, je sais que beaucoup l'ont vraiment apprécié. Ce n'est pas un livre désagréable au contraire mais voilà je trouve qu'il perd de son charme par tous ces bavardages voulus par l'auteur. Et c'est vraiment dommage selon moi car il y a vraiment des choses intéressantes dans ce roman.

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