jeudi 23 mars 2017

Presque ensemble de Marjorie Philibert : analyse profonde d’un couple et de son quotidien

Presque ensemble Marjorie Philibert
Paru chez JC Lattès en janvier 2017
376 pages

L’aventure des 68 premières fois continue avec un premier roman qui nous parle d’amour ou plutôt de la complexité des sentiments amoureux face au temps, au quotidien et aux rêves.


Victoire est née le jour de l’élection de Mitterand, ses parents auraient voulu qu’elle soit fougueuse, comme ils l’ont été dans leur jeunesse mais Victoire préfère plutôt rester dans le droit chemin, prendre son temps et être raisonnable. Quant à Nicolas, il est né du désir de sa mère, désir d’avoir un enfant mais aussi désir de retenir son mari, coureur de jupon qui lui ne voulait pas entendre parler d’enfant.

Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar le soir de la finale de la coupe du monde 1998. L’effervescence, l’alcool délient les langues et les corps. Sans grande surprise, ils finissent la nuit ensemble. Là où cette nuit ne pourrait être qu’un énième coup d’un soir, Victoire et Nicolas vont en réalité devenir inséparables, heureux d’avoir enfin trouvé cet autre avec qui partager les moments de vie.
Très vite ces deux tourtereaux vont trouver un équilibre simple et apaisant. Ils n’ont pas beaucoup d’argent mais qu’importe, ils s’aiment. Une fois les études terminées, ils rentrent dans la vie active ignorants quelle voie prendre. Nicolas travaillera pour une revue de sociologie et Victoire deviendra rédactrice pour une revue de voyage haut de gamme qui l’emmènera aux quatre coins du globe. 
Mais voilà si nos deux anti-héros mènent leur vie professionnelle sans ambition, ni conviction alors même qu'ils passeront une grande partie de leur carrière dans la même entreprise, leur vie de couple, va elle aussi se faner, s’effriter au fil du temps. L’habitude et la routine prennent le dessus, les relations sensuelles, sexuelles, passionnelles se font de moins en moins présentes. 
Leur amour sera-t-il assez fort pour surmonter les épreuves du temps ?


Quand un couple atteint-il le point de non-retour ? A partir de quand, de quoi tout bascule et pourquoi ? 
Avec précision et mordant, Marjorie Philibert décortique ce couple, qui pourrait être le nôtre. Elle explore avec profondeur le sentiment amoureux dont le temps est ennemi. De la découverte de l’autre, aux petits surnoms affectueux et parfois ridicules, en passant par l’emménagement, l’adoption d’un chat puis les disputes, les concessions, l’absence de communication mais aussi les tentations extérieures, rien n’est laissé au hasard. 


L'auteure dresse, autour de ces sentiments amoureux, le portrait d’une génération qui a connu l’engouement des premières télé-réalités, une génération qui ne sait plus si elle a le droit de rêver et si oui, cela sert-il à quelque chose, est-ce bien raisonnable de rêver dans un monde qui voit le FN monter dans les sondages en 2002… Génération un peu paumée donc, qui a du mal à trouver sa place dans la société. Génération désabusée qui reste sur les quais regardant les trains passés sans jamais trouver celui dans lequel monter.

Le tableau dépeint par l’auteure est sombre et cynique. Sans pour autant en faire une vérité absolue, il semble si réaliste que l’on ressort déboussolé de cette lecture car elle nous amène au fond des choses et nous pousse à nous auto-analyser. En ouvrant ce roman, la mélancolie ne nous quitte plus, si certains passages sont drôles, si l’écriture est vive en dépit de quelques longueurs, il y a malgré tout une tristesse qui plane comme un nuage au-dessus de nous, qui nous plombe parfois mais qui est d’une justesse incroyable. 
Bien sûr la thématique a déjà été tournée dans tous les sens, surtout pour cette rentrée littéraire, et personnellement je préconiserai d’autres romans qui vont plus loin encore dans l’analyse sociologique (je pense notamment à Tout ce dont on rêvait de François Roux), mais il n’en reste pas moins que Presque ensemble vaut la peine d’être découvert. N’oublions pas qu’il s’agit d’un premier roman et pour un premier roman c’est franchement prometteur. 



Une lecture accompagnée de …

Côté boisson, prenez celle que vous préférez. S’il s’agit d’un alcool, doucement quand même car on pourrait vite se noyer dans les verres ;-)

Côté musique, voici une petite sélection qui m’a accompagné durant ma lecture :
- Until the morning de Thievery Corporation
- Hardest of Hearts de Florence + The Machine
- Look at Them de Jeanne Added
- The house of the rising sun de The Animals
- Hush de The Mellow
- All I want de Kodaline




7 commentaires:

  1. Ça a l’air génial, mais c’est pas un peu déprimant quand même ? (sinon je valide totalement Thievery Corporation ou Florence + The Machine)

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    1. Ce n'est pas un coup de cœur pour moi car il est très (parfois trop) lent mais je pense aussi que c'est cette caractéristique qui permet d'autant analyser le couple.
      Par contre si c'est un peu déprimant. Personnellement ça m'a renvoyé à mon ancienne relation, et ça m'a fait flipper pour mon actuelle mais en même temps tu as envie de tout faire pour que rien de tout cela n'arrive justement.
      En fait c'est un roman très perturbant car il est sombre et à la fois il rebooste.

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    2. Et merci pour la validation des choix musicaux ! :-)

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  2. Nous avions déjà un peu échangé sur FB mais je partage totalement ton avis. C'est vraiment le portrait d'une génération, assez juste même si oui, il ne faut pas non plus généraliser.

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    1. Oui ne pas généraliser, heureusement d'ailleurs sinon je pense qu'on déprimerait totalement ;-)

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  3. C'est amusant, j'ai aussi beaucoup pensé à Tout ce dont on rêvait, même façon de saisir quelque chose de l'air du temps, de dresser le portrait d'une génération (même si le François Roux est plus abouti à mon sens).

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    1. Entièrement d'accord avec toi, le roman de François Roux est plus abouti, plus rythmé aussi dans un sens mais il y a aussi plus de personnages autour des héros.

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